Merci pour vos commentaires et vos compliments

. La suite met un peu de temps à arriver parce que j'écris au fur et à mesure.
Anyway, voici le chapitre deux.
Enjoy !
- Chapitre Deux -
Kate finit de noter les informations qu'ils avaient pu collecter sur la scène de crime puis elle reboucha son feutre et le posa machinalement sur ses lèvres, dans une attitude réflexive. Elle tourna ensuite la tête vers Ryan, qui venait d'arriver à ses côtés.
- Du nouveau ?
- La famille de la victime sera là d'ici une dizaine de minutes.
Elle acquiesça.
- Des nouvelles de Lanie ? demanda-t-elle sans vraiment y croire.
- La dernière fois que je l'ai contactée, elle cherchait encore la cause de la mort. Pour le moment, elle n'a pu que confirmer l'heure de la mort : entre 6h00 et 7h00 ce matin.
Kate regarda sa montre et soupira ; le fait que Lanie n'ait pas encore pu déterminer ce qui avait tué Mary Gambler ne présageait rien de bon. Elle nota mentalement qu'il ne faudrait sûrement pas compter sur les résultats de l'autopsie pour faire avancer l'enquête dans les prochaines heures, puis elle soupira de nouveau. Ce cas promettait de ne pas être de tout repos.
Castle arriva de la salle de repos et lui tendit une tasse de café. La deuxième en moins d'une heure ; ça faisait beaucoup de caféine en peu de temps, mais elle se sentait capable d'accepter tous les cafés qu'il lui offrirait, juste parce que cette preuve qu'il pensait à elle lui procurait ce frisson particulier et relativement nouveau.
Elle croisa son regard et s'y attarda quelques secondes de trop en lui offrant un sourire également trop appuyé pour un geste quotidien aussi simple. Il lui rendit son sourire et elle perçut du coin de l’œil le regard inquisiteur de Kevin. Elle tourna la tête vers lui et lui signifia de retourner à son bureau et de continuer à fouiller dans la vie de la victime.
- Il y a une chose que je ne comprends pas, dit Castle.
Elle le regarda d'un air intéressé et haussa légèrement les sourcils pour lui signifier qu'il avait toute son attention. Il vint s'installer contre le bureau face au tableau blanc, juste à côté d'elle, et avala une gorgée de son propre café.
- L'absence de sac à main pourrait faire penser à un vol qui a mal tourné... mais dans ce cas, elle aurait porté des marques de blessures ; au moins des blessures défensives. Là, il n'y a rien du tout, poursuivit-il.
Elle attendit la suite en silence ; elle savait qu'il en était arrivé à la même conclusion qu'elle.
- On a donc affaire à un meurtrier, pas à un voleur. Un meurtrier qui prend soin de dissimuler tous les indices mais qui laisse la carte de train de la victime à côté du corps. Ça ne colle pas, murmura-t-il en s'approchant de la photographie de la carte plastifiée. Pourquoi être si discret et faire disparaître tous ses effets, sauf cette carte qui permet de l'identifier ?
Beckett acquiesça dans un demi sourire, les yeux brillants. Comment Gates pouvait-elle penser qu'il était une distraction ? Il l'était, en partie, mais il lui permettait surtout d'avancer et de tester la viabilité de ses propres théories.
- J'en étais là aussi, dit-t-elle les yeux toujours fixés sur le tableau blanc, comme si un détail pouvait lui sauter aux yeux.
Un « yo » dynamique interrompit le cours de leur réflexion. Esposito vint se placer devant eux et tendit un dossier à Beckett.
- Cette fille avait une vie complètement rangée. Rien à signaler du côté de ses comptes ni dans ses relevés téléphoniques. Ryan et moi pensions aller interroger ses collègues de travail pour voir s'il y a quelque chose à en tirer.
Kate acquiesça et se tourna vers les ascenseurs en entendant le signal de l'ouverture des portes. Un couple d'une soixantaine d'années en émergea. Il ne lui suffit que de quelques secondes pour comprendre qu'il s'agissait des parents de la victime.
La douleur inscrite sur leur visage parlait pour eux.
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- Monsieur et madame Gambler, nous vous remercions d'avoir pris la peine de vous déplacer malgré les circonstances.
La femme assise en face d'elle pressa un mouchoir contre ses paupières closes tout en secouant lentement la tête. Son mari avait passé un bras autour des épaules de son épouse et il caressait doucement son bras. Ses yeux étaient brillants et rougis. Kate pinça les lèvres et prit une profonde inspiration.
- Nous avons besoin de savoir si votre fille avait des ennuis. Est-ce qu'elle vous a parlé de quelque chose ?
Monsieur Gambler fit non de la tête.
- Elle... Mary avait une vie sans histoire. C'était quelqu'un de bien. Tout le monde l'aimait.
Il retint un sanglot. Sa femme posa une main sur son genou et regarda Kate droit dans les yeux.
- Est-ce que vous savez comment...
Elle ne put finir sa phrase.
- Pas encore, répondit Beckett. Nous recherchons encore la cause de la mort.
Elle remarqua qu'ils se raidirent lorsqu'elle prononça ces paroles. A côté d'elle, Castle bougea sur son siège. Elle s'en voulut d'avoir choisi des mots aussi directs. Elle pinça les lèvres et poursuivit.
- Savez-vous ce que Mary faisait près de la gare de Grand Central entre 6h00 et 7h00 du matin ?
- Notre fille habitait à Newark et elle faisait le trajet en train tous les jours. Elle arrivait à New York par le train de 6h50. Elle commençait le travail à 7h00, dit Madame Gambler.
Kate nota l'information ; ça précisait considérablement l'heure de la mort.
- Est-ce qu'elle avait quelqu'un dans sa vie ? intervint Castle.
- Pas depuis son divorce. Rien de sérieux, en tous cas, elle nous en aurait parlé sinon, répondit le père.
- Nous aurons besoin de parler à l'ex-mari de votre fille.
Les parents de la victime échangèrent un regard. Monsieur Gambler reprit :
- Je crains que ce ne soit pas possible. Jeremy est mort il y a un an.
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- Tu crois qu'ils sont ensemble ?
Javier détourna les yeux du trafic et les posa sur son partenaire. Le regard de Ryan était fixé droit devant lui. Devant leur voiture, un taxi venait de s'arrêter. Le chauffeur descendit et ouvrit la porte. Personne n'en sortit.
- Qui ? interrogea Esposito.
Ryan fronça légèrement les sourcils et se pencha imperceptiblement en avant. Le chauffeur de taxi tendit les deux mains vers l'intérieur de son véhicule. Le détective vit deux autres mains s'y agripper.
- Castle et Beckett, dit-il doucement, plus tout à fait concentré sur la conversation qu'il avait lui-même initiée.
Esposito haussa les épaules et s'intéressa à son tour à la scène qui se déroulait de l'autre côté de leur pare-brise. Une vieille dame émergeait lentement du taxi ; elle avait le haut du corps à moitié sorti de l'habitacle, mais ses jambes paraissaient trop courtes pour qu'elle parvienne un jour à toucher le sol. Le Latino évalua ses chances de pouvoir doubler le taxi mais le flot continu de voitures qui arrivaient en contre-sens le dissuada de tenter quoi que ce fut.
- Je ne pense pas, mais j'espère qu'ils se trouveront. Non pas que je sois un grand romantique, reprit-il sur la défensive.
- Oui, c'est ce que m'a dit Lanie, répondit Kevin d'une voix absente.
Esposito tourna vivement la tête vers lui. L'Irlandais paraissait fasciné par les vaines tentatives de la vieille dame.
- Je te demande pardon ?
Ryan détourna presque à regret les yeux du taxi, pour les fixer sur son partenaire. Il avait les sourcils légèrement haussés. Un premier coup de klaxon se fit entendre, immédiatement suivi par une dizaine d'autres.
- Quoi ? dit-il en écartant les mains.
- Tu parles avec mes ex ? demanda Esposito d'un air incrédule.
Sa main gauche était crispée sur le volant, pendant que la droite tapotait nerveusement le levier de vitesse. Il laissait à la vieille encore un essai et ensuite, il irait lui-même la sortir du taxi.
- Hey, se défendit Ryan. Lanie est mon amie !
- Et vous n'avez pas d'autres sujets de conversation que moi ?
Ryan soupira.
- J'ai appelé Lanie pour m'excuser du fait que Jenny a amené le sujet sensible dans la conversation, OK ? Après...
A l'extérieur, le chauffeur de taxi lâcha les mains de sa cliente et se passa un mouchoir sur le visage tout en scrutant les alentours à la recherche évidente d'une bonne âme.
- Après quoi ? s'exclama Esposito. Maintenant vous vous réunissez tous les mercredi soirs pour boire le thé et partager des potins comme les bonnes copines que vous êtes ?
Il ne laissa pas le temps à Ryan de répondre. A peine eut-il fini sa phrase qu'il était déjà dehors. Ryan ne s'en faisait pas ; il savait que l'ouragan Esposito n'était pas bien méchant.
C'est pourquoi il ne put s'empêcher de sourire lorsque le chauffeur de taxi sauta au cou de son collègue pour le remercier de l'aide apportée. Son sourire s'élargit encore lorsqu'il immortalisa à l'aide de son téléphone le baiser que la vieille et imposante cliente du taxi offrit au détective.
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La compagnie d'assurance pour laquelle travaillait Mary Gambler était une petite structure qui n'employait que trois personnes. John Bowman, le directeur de l'agence, avait accueilli les deux détectives avec un air affecté qui semblait sincère. Ils se trouvaient maintenant tous les trois dans son bureau.
- Monsieur Bowman, depuis combien de temps Mary Gambler travaillait-elle pour vous ? demanda Kevin.
L'homme assis en face des deux détectives croisa les jambes et passa une main dans ses cheveux gris. Il sembla réfléchir un instant, puis il regarda tour à tour Ryan et Esposito.
- Ça aurait fait cinq ans à la fin de l'année.
- Est-ce qu'elle vous a fait part de problèmes qu'elle aurait pu rencontrer avec des clients ?
- On a tous des clients difficiles, murmura le directeur. Mais Mary s'en tirait bien ; elle ne m'a rapporté aucun incident ces derniers mois.
Esposito acquiesça.
- Et avec ses collègues ? questionna-t-il.
Bowman parut tout à coup mal à l'aise. Il décroisa les jambes, se leva et se servit un verre d'eau. Il présenta la carafe aux policiers, qui déclinèrent son offre silencieuse. Il avala une longue gorgée, posa son verre et mit les mains dans ses poches.
- Je ne dis pas que c'est lui qui l'a tuée, commença-t-il prudemment.
Ryan et Esposito se regardèrent en fronçant les sourcils.
- Mais il y a une semaine, Peter et elle se sont violemment disputés.
- Peter ? interrogea Ryan.
- Peter Fitzgerald. Brun, la trentaine ; bureau de gauche en entrant dans l'agence.
- Quelle était la cause de leur dispute ? demanda Esposito.
Le directeur hésita de nouveau ; il se pinça les lèvres et soupira profondément.
- Il y a dix jours, Peter était en déplacement. Un de ses gros clients est passé à l'agence et comme il n'était pas là, Mary s'est occupée de son dossier. C'est la procédure habituelle. Sauf que le client a été si satisfait de la façon dont elle a géré les choses qu'il a demandé à ce qu'elle se charge personnellement de toutes ses affaires à l'avenir. Lorsque Peter l'a appris, il est entré dans une rage folle et il a dit à Mary qu'il lui ferait payer ce qu'elle avait fait. Je suis intervenu pour calmer le jeu. Depuis, ils ne s'adressaient plus la parole.
- Et en ce qui concerne votre troisième employé ?
- Kenneth Porter, précisa Bowman. Rien à signaler ; lui et Mary avaient des relations cordiales qui ne dépassaient pas le seuil de l'agence. Il n'a pas pris partie dans la dispute qui l'a opposée à Peter.
Les deux détectives remercièrent le directeur et se levèrent. Ils repassèrent dans la pièce principale de l'agence et se tournèrent vers Peter Fitzgerald. Ce dernier leva des yeux inquiets vers eux.
- Monsieur Fitzgerald ? dit Ryan. Vous allez nous accompagner au commissariat.
L'homme déglutit difficilement et se leva lentement, devant l'air médusé de son collègue. Il fit le tour de son bureau et suivit les deux détectives jusqu'à leur voiture.
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- Monsieur Fitzgerald, je suis le lieutenant Kate Beckett.
De l'autre côté du miroir sans tain, Ryan et Esposito esquissèrent inconsciemment un léger sourire.
Le fait de voir Beckett mener un interrogatoire était un spectacle qu'ils appréciaient. Ils aimaient la façon qu'elle avait de déstabiliser le suspect et de toujours en tirer ce qu'elle voulait.
Peter Fitzgerald posa sur elle un regard intéressé lorsqu'elle entra dans la salle. Il s'était attendu à être interrogé par l'un des détectives qui étaient venus à l'agence, pas par une fille canon. Ses considérations futiles disparurent lorsqu'un homme d'une quarantaine d'années fit son apparition. Il avait l'impression de le connaître.
- Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? poursuivit la femme.
- Je suppose que je suis suspect pour le meurtre de Mary Gambler ?
Des photos de son ex-collègues furent posées devant lui. Il ferma brièvement les yeux, plus par réflexe qu'autre chose, puis il les rouvrit et osa y jeter un œil. La surprise apparut sur son visage lorsqu'il réalisa qu'il n'y avait ni sang ni blessure atroce sur le corps de Mary. Dans la salle d'observation, Ryan et Esposito notèrent mentalement cette surprise non feinte.
- Comment est-elle morte ? demanda-t-il.
- C'est à vous de me le dire, rétorqua Beckett.
Le regard de Peter passa de la femme – quel était son nom déjà ? - à l'homme assis silencieusement à côté d'elle. Il était maintenant persuadé de le connaître. Un client, peut-être ?
- Ecoutez, dit-il calmement. Je sais que les faits sont contre moi, mais je n'ai pas tué Mary.
- Vous avez pourtant dit que vous lui feriez payer ce qu'elle avait fait.
Peter sursauta presque en entendant la voix de l'homme ; il n'aurait pas su dire pourquoi, mais il était persuadé qu'il n'était pas policier. Il soupira et passa une main nerveuse dans ses cheveux.
- Je ne parlais pas de la tuer ! s'exclama-t-il.
- Que comptiez-vous faire alors ? interrogea Kate.
Il voulut se lever mais les regards des personnes assises face à lui l'en dissuadèrent. A la place, il se pencha en avant et joignit ses mains sur la table.
- Je lui volais ses clients. L'un après l'autre. Je leur téléphonais et je leur expliquais que Mary était débordée et que leurs dossiers seraient en attente pendant un long moment, sauf s'ils faisaient eux-mêmes le choix de changer de conseiller.
- Et ça fonctionnait ?
Castle affichait un air incrédule. Peter sourit.
- En une semaine, j'ai réussi à récupérer cinq clients de cette façon.
- Et c'est tout ? demanda la détective. Votre vengeance consistait simplement à lui... voler des clients et à alléger sa charge de travail ?
Peter sourit de plus belle.
- C'était le plan parfait, dit-il. La politique de l'agence nous oblige à satisfaire un certain quota de clients. Plus elle en perdait, plus la perspective d'être renvoyée se rapprochait pour elle.
La femme pinça les lèvres et leva les yeux au ciel, ce qui fit disparaître le sourire de Peter.
- Où étiez-vous ce matin entre 6h50 et 7h00 ? reprit-elle.
- Chez moi ; je me préparais pour partir au travail.
- Les parents de Mary Gambler nous ont pourtant dit qu'elle commençait à 7h00, fit remarquer Castle.
- Je commence plus tard. Privilège de l'ancienneté, rétorqua Peter.
- Quelqu'un peut confirmer votre alibi ? demanda Beckett.
- Millie. Millie Winsworth. On a passé la nuit ensemble. Oh, et le gamin qui livre les journaux. Finn... quelque chose.
Kate prit les informations en note et se leva, immédiatement suivie de Castle.
- Vous allez rester avec nous le temps que l'on vérifie vos dires, Monsieur Fitzgerald.
Peter baissa la tête d'un air résigné, puis il la leva subitement au moment où Castle s'apprêtait à sortir de la salle.
- Excusez-moi ! s'exclama-t-il. J'ai l'impression de vous connaître. Comment vous appelez-vous ?
L'homme s'arrêta et lui offrit un sourire honnête.
- Castle, dit-il. Richard Castle.
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Elle n'avait pas quitté ce petit sourire un tantinet moqueur depuis qu'ils avaient franchi les portes du commissariat. Ils étaient à présent dans la voiture de Beckett, en route pour Grand Central, et elle affichait toujours le même air. La curiosité l'emporta ; il se tourna vers elle et la fixa.
- Quoi ? demanda-t-elle au bout d'un moment.
- Quoi,
quoi ? C'est à vous que je pose la question !
Elle roula les yeux et secoua doucement la tête alors que son sourire s'élargit. Il la trouvait adorable et ne put s'empêcher de sourire à son tour, terriblement conscient du jeu de séduction qui avait pris place. Elle arrêta la voiture au feu rouge.
- Ça faisait très James Bond, dit-elle simplement.
Il fronça légèrement les sourcils et elle tourna la tête vers lui.
- Castle. Richard Castle, dit-t-elle d'une voix grave et sérieuse avant de se fendre d'un nouveau sourire.
- Oh, dit-il d'une petite voix. C'était si ridicule que ça ?
Le sourire de Beckett se fit presque nostalgique ; le feu passa au vert et la voiture reprit sa course.
- Ce n'était pas ridicule, Castle. Ça m'a fait sourire, c'est tout.
- Alors mon objectif de la journée est atteint, répondit-il d'une voix confiante.
Kate prit une inspiration saccadée que son passager ne manqua pas de remarquer avec satisfaction.
Avant Richard Castle, Kate Beckett ne savait pas ce rougir signifiait.
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- Excusez-moi ?
Il avait toujours excellé dans le domaine des relations publiques, même lorsqu'il n'était pas encore un écrivain célèbre. Son charme et son charisme avaient toujours agi en sa faveur.
Enfin, presque toujours.
L'employée assise derrière la vitre ne leva pas les yeux du formulaire qu'elle remplissait nerveusement. Castle se racla la gorge ; peut-être qu'elle ne l'avait pas entendu ?
- Excusez-moi ? répéta-t-il.
Il vit nettement les épaules de la jeune femme s'affaisser dans un profond soupir d'ennui. Elle finit par relever la tête et planta ses grands yeux bruns dans les siens.
- Vous ne savez pas lire ?
Castle fit une légère grimace d'excuse en posant les yeux sur le panneau « guichet fermé ». Beckett était en train d'étudier la configuration de la gare et il voulait vraiment l'impressionner en obtenant un rendez-vous avec un responsable.
- C'est juste que...
- Ecoutez, je suis vraiment occupée ; alors à moins qu'il n'y ait eu un meurtre, il faut que vous fassiez la queue comme tout le monde.
- C'est drôle que vous mentionniez ce fait, répondit une voix féminine.
La femme de l'autre côté du guichet laissa ses yeux glisser sur la plaque que Beckett venait de plaquer contre la vitre. Un « oh » silencieux arrondit ses lèvres et elle se saisit du téléphone. Moins de cinq minutes après, ils furent introduits auprès du chef de la sécurité de la gare.
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Lorsqu'il alluma le poste, de larges bandes noires défilèrent verticalement puis l'image du petit écran de sécurité grésilla avant de se stabiliser complètement. Il ne possédait pas l'équipement dernier cri des gars de la sécurité, mais c'était suffisant.
Il ferma les yeux un instant pour essayer une dernière fois de faire disparaître la pulsion qui l'avait conduit ici deux fois aujourd'hui, mais c'était peine perdue ; il ne parvenait pas à résister à la tentation. Il y avait cette voix qui résonnait en lui et qui l’exhortait à recommencer.
Il se pencha en avant, au plus près du poste. Sa respiration était lente et profonde et des flaques de buée apparaissaient sur la paroi de verre à chaque expiration. Il se recula légèrement et essuya l'écran avec sa manche.
Ses yeux passaient rapidement d'une silhouette à une autre, incapables de se fixer sur une proie en particulier, alors que ses doigts appuyaient nerveusement sur le bouton qui lui permettait de contrôler l'angle des caméras. Il sentait la sueur perler sur son front à mesure que son rythme cardiaque accélérait. Elles étaient nombreuses, trop nombreuses. Le choix ne serait pas évident.
Elles méritaient toutes de mourir. Toutes.
Elles se pavanaient sous ses yeux dans leurs tenues provocantes ; elles aguichaient le monde tout en affichant un regard froid et indifférent dès qu'il osait leur sourire. Est-ce qu'elles savaient l'effort que ça lui coûtait, de seulement les aborder ?
Soudain, ses yeux arrêtèrent leur folle danse et il approcha de nouveau son visage de l'écran, un sourire malin se dessinant sur son visage. Puis, tel Judas, il embrassa la froide paroi du poste, juste à l'endroit où se dessinait la silhouette d'une femme.
Il venait de faire son choix.
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Il était presque 16h00 et Kate se plongea pour la dixième fois dans le visionnage des films de vidéosurveillance.
S'il lui fut aisé de retrouver la trace de Mary Gambler sur les vidéos des quais, la tâche s'avéra plus difficile concernant les enregistrements du grand hall. Elle parvint cependant à la localiser et soupira de frustration en la voyant disparaître dans une zone en travaux, le seul endroit de la gare où les caméras avaient été momentanément mise hors service.
Elle se pencha en arrière sur son siège et s'étira en fronçant les sourcils. Elle n'avait pas remarqué tout de suite l'absence de Castle à ses côtés. Elle tourna la tête vers la salle de repos, se demandant s'il était à nouveau en train de lui préparer un café, mais la salle était vide. Ryan et Esposito étaient assis à leur bureau ; ils contactaient les personnes qui voyageaient régulièrement sur la même ligne que Mary, même si Kate doutait qu'ils obtiennent quelque chose de plus : les images qu'ils avaient visionnées au poste de surveillance de la gare leur avait montré que Mary descendait toujours seule du train, et aucun incident impliquant la jeune femme n'avait été rapporté aux autorités de la gare.
Un mouvement sur sa gauche lui indiqua la présence de l'écrivain à côté du tableau blanc. Il avait décroché la photographie de la carte de train et la regardait de plus près.
- Vous avez trouvé quelque chose ?
Il vint se placer légèrement derrière elle et posa la photographie sur le bureau. Puis il tendit le bras et indiqua deux traits bleus parallèles sur le bord droit de la carte.
Kate retint sa respiration un instant en constatant la proximité de l'écrivain ; elle était troublée et elle savait désormais que la prise d'otages avait clairement éveillé quelque chose en elle. Elle prit une profonde inspiration silencieuse et reporta son attention sur ce que son partenaire désignait.
- De quoi s'agit-il à votre avis ? demanda-t-elle.
- Je l'ignore, souffla Castle, mais mon instinct me dit que c'est peut-être une piste.
Elle ne savait pas s'il jouait avec elle, mais ce qu'elle savait en revanche, c'est que s'il continuait à murmurer ainsi tout contre son oreille, elle pourrait oublier sans problème qu'elle se trouvait dans un commissariat et que Gates se trouvait dans un bureau à moins de dix mètres d'eux.
C'est pourquoi elle profita d'un bref éclair de lucidité pour se lever un peu maladroitement, manquant à peine de cogner le menton de l'écrivain avec son épaule. Il la regarda en haussant les sourcils.
- Je... J'ai... Lanie m'attend, bafouilla-t-elle.
Jamais il ne lui avait autant fait perdre ses moyens en faisant si peu de choses. Elle n'était même pas sûre qu'il ait été conscient de faire quoi que ce soit.
C'était une sensation à la fois terriblement perturbante et incroyablement enivrante.